Derrière la hausse des taux : une nouvelle donne immobilière

Depuis 2022, la remontée des taux d’intérêt a modifié la donne sur le marché immobilier français. Les taux de crédit immobilier sont passés de moins de 1,5 % à près de 4 % pour la plupart des profils (source : Observatoire Crédit Logement/CSA, avril 2024). Cela a freiné les projets d’achat et mis un coup d’arrêt à la flambée des prix engagée depuis dix ans dans de nombreuses villes.

Pourtant, toutes les métropoles n’ont pas réagi de la même façon. Si certaines villes moyennes voient leur marché stagner, d’autres grandes agglomérations, portées par une dynamique propre, font preuve d’une étonnante résistance.

Zoom sur les métropoles les plus attractives malgré la hausse des taux

  • Lyon : deuxième marché le plus actif après Paris, elle conserve un fort pouvoir d’attraction grâce à son bassin d’emplois, à la qualité de ses infrastructures et à son rayonnement universitaire.
  • Nantes : portée par une offre culturelle, économique et une démographie dynamique, la ville séduit primo-accédants et investisseurs locatifs.
  • Bordeaux : l’arrivée de la LGV et l’exode de Paris a propulsé la ville en tête des destinations prisées malgré des prix qui se stabilisent.
  • Toulouse, Rennes, Montpellier : elles bénéficient toutes d’un fort dynamisme économique, d’une population jeune et d’un marché locatif tendu.

Selon les chiffres de la FNAIM (mai 2024), Lyon, Nantes et Toulouse affichent une baisse modérée des volumes de transactions comparée à des villes comme Reims ou Dijon (-7 % à -10 % contre parfois -18 % ailleurs).

Quels sont les facteurs qui maintiennent l’attractivité de ces villes ?

Des fondamentaux solides

  • Bassin d’emplois diversifié : La présence de sièges sociaux, de pôles hospitaliers et de centres de recherche sécurise la demande locative et l’installation de nouveaux actifs.
  • Dynamique démographique : Avec une population en croissance (par exemple, Nantes a gagné plus de 25 000 habitants sur 10 ans d’après l’INSEE), la demande en logement reste supérieure à l’offre.
  • Pénurie de logements neufs : Les villes les plus tendues subissent un déficit chronique d’offre. À Lyon, le stock de logements neufs proposés à la vente a chuté de près de 40 % entre 2022 et 2024 (source : Fédération des Promoteurs Immobiliers).

Une qualité de vie recherchée

Les grandes agglomérations multiplient les projets urbains, les espaces verts, les transports en commun performants et séduisent grâce à leur accessibilité. À Rennes, 95 % des habitants disposent d’un arrêt de transport à moins de 300 m de chez eux (données STAR).

Ces éléments favorisent à la fois l’installation de familles, d’étudiants et de jeunes actifs, garantissant un marché locatif dynamique.

La force du marché locatif

L’investissement locatif reste un moteur fort, d’autant plus que la pression sur l’accession – liée à la hausse des taux – redirige de nombreux ménages vers la location.

Selon LocService (baromètre mai 2024), la tension locative explose dans des villes comme Bordeaux ou Montpellier, avec plus de 8 demandes pour une seule offre sur certains quartiers prisés.

Des chiffres clés qui parlent

Ville Variation annuelle des prix (2023-2024) Taux de vacance locative Évolution de la population (2013-2023)
Lyon -2,3 % 2,8 % +5,1 %
Nantes -1,7 % 2,1 % +9,2 %
Bordeaux -3,5 % 2,0 % +6,8 %

Source : FNAIM, INSEE, SeLoger (mai 2024)

Pourquoi rester à l’écart serait une erreur stratégique ?

  • Les corrections de marché sont limitées : Les baisses de prix sont contenues dans ces villes. À Nantes ou Lyon, une correction de l’ordre de 2 à 4 % ne remet pas en question les fondamentaux du marché.
  • Possibilités de négociation plus larges : Aujourd’hui, il est devenu possible de négocier jusqu’à -7 % sur certains biens dans l’ancien, du jamais vu depuis 2016 (source : Notaires de France).
  • Rendements locatifs stables : Des loyers qui résistent, grâce à la tension locative, garantissent un rendement brut médian maintenu autour de 4,5 % à 5,3 % à Toulouse ou Rennes (SeLoger).
  • Des dispositifs pour investir : Les programmes neufs en zone B1/B2 donnent accès au Pinel jusqu’à fin 2024, le statut LMNP reste très demandé dans ces villes étudiantes.

Rester attentiste, c’est risquer de devoir acheter plus cher au retour d’un marché plus favorable, ou de voir partir les meilleures opportunités.

Le cas particulier de Paris : une exception à relativiser

Impossible de parler de grandes métropoles sans évoquer Paris. La capitale est à part : forte correction des prix (-6,5 % en un an), mais marchés locatif et de luxe qui se maintiennent. Le rendement locatif brut descend à 2,7 %, inférieur à la plupart des grandes métropoles régionales (Notaires du Grand Paris). Pour l’investisseur, le ticket d’entrée reste beaucoup plus élevé et la rentabilité moindre, mais la sécurité patrimoniale est maximale.

Pour ceux qui souhaitent allier rendement et sécurité, les grandes métropoles régionales offrent ainsi souvent un meilleur compromis, surtout en période de taux hauts.

Trois conseils pratiques pour investir dans ces villes en 2024

  1. Sélectionner les bons quartiers : Privilégier les secteurs proches des pôles d’emploi, universités ou gares. À Bordeaux, le quartier Belcier-Les Berges du Lac, à Lyon, Gerland et Villeurbanne, ou encore l’île de Nantes restent des valeurs sûres.
  2. Optimiser le financement : Comparer les offres, jouer sur les durées, négocier l’assurance emprunteur. Un courtier peut aider à gagner 0,1 à 0,2 % sur le taux final, soit plusieurs milliers d’euros sur 20 ans.
  3. Penser à la revente dès l’achat : Acheter un bien facilement « re-mariable » : bon emplacement, absence de défaut rédhibitoire, performances énergétiques correctes. Cela garantira une sortie facilitée même si le marché est plus tendu.

Perspectives et pistes d’action pour les investisseurs immobiliers

La hausse des taux a changé la façon d’investir, mais elle n’a pas effacé les fondamentaux qui font la force des grandes métropoles françaises. Demande locative soutenue, attractivité économique, dynamique démographique : autant de caractéristiques qui expliquent leur résistance et ouvrent des opportunités d’investissement, même dans un cycle moins porteur.

Pour qui sait analyser le marché, cibler les bons quartiers et adapter son financement, ces métropoles restent un terrain privilégié pour bâtir un patrimoine solide, diversifié et capable d’encaisser les soubresauts du marché. Les années à venir pourraient même renforcer leur position, si la production de logements neufs ne repart pas et si la tension locative continue de monter. Les grandes villes françaises, loin d’être dépassées, restent donc un choix d’avenir pour l’investisseur averti.

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